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« Faut pas parler aux cons, ça les instruit »
Michel AUDIARD

« Autrefois, le ridicule tuait ; aujourd'hui, il tire à deux cent mille exemplaires »
ANONYME

« Penser, c'est dire non »
ALAIN

« Un citoyen du monde qui vivrait sous la tyrannie d'un empire universel,
parlant et pensant dans une sorte de super-espéranto,
ne serait pas moins un monstre qu'un hermaphrodite
. »
Hannah ARENDT





Première partie




A : cette lettre, qui est la première lettre de l'alphabet, représente une tête de taureau stylisée . L'alpha minuscule grec tourné à 90° à droite ( α ) montre bien la transition entre la tête droite hiéroglyphique et l'alpha majuscule ( Α ), complètement renversé par rapport au glyphe initial ( → A), comme pour le A latin.

Il n'est pas indifférent que la première lettre de l'alphabet représente une tête de bétail, symbole de richesse pour les peuples sédentarisés. N'en déplaise à tous les gauchistes et égalitaristes, la première des choses qui motive les peuples, c'est la possession de biens terrestres, symbolisée ici par des têtes de bétail.

N.B. Cette lettre « A » sera sans doute bientôt remplacée comme première lettre, et par décision de l'Union européenne, par « X », dont le dessin est plus commode, surtout pour ceux qui signent d'une croix. Par exemple, le fameux « triple A » serait donc remplacé par le triple X (voir plus bas). Il serait aussi question de remplacer A par I, dont le dessin est encore plus simple. Tout cela, pour pallier l'illettrisme galopant en Europe.

À : cette préposition tend à s'imposer dans des expressions où elle ne devrait pas figurer : Après l'échec du mouvement antilibéral à (= pour) se doter d'un candidat unique. Avec sa forme contractée ‘au', cela donne : les ventes du nouveau système d'exploitation ont généré d'importantes recettes au dernier trimestre. Lu le 28 novembre 2008 sur la page d'accueil de la F.A.F. (French American Foundation) : -70 jours jusqu'à 4 novembre. La F.A.F. n'a-t-elle pas assez d'argent (faf, fafiot voulant dire billet de banque en argot) pour payer un informaticien qui sache le français ? Et qui puisse mettre à jour ses informations ? D'autre part, sur l'une de ses pages, l'on peut trouver le lien En savior plus [sic].

Dans des expressions temporelles, on rencontre de plus en plus un 'à' ou un 'au' inutiles : Le prix de l'essence augmentera au 1er juillet ou bien : Au 1er juin, la société XXX changera de nom, et deviendra YYY.

On trouve de plus en plus d'expressions avec 'à' ou 'au' dans différentes acceptions : à l'international (= sur le plan international), à l'horizontal (= horizontalement), au final (finalement), au plan... (sur le plan de...) (voir plus loin.)

Lu sur un site consacré à la musique : Canon 1 à 2 de l Offrande musicale de J. S. Bach. Canon 1 à 2 ? Loteur aurait écrit « Canons 1 et 2 ». Mais ça n'engage que loteur. (L'apostrophe manque dans le texte original [l Offrande]).

Étymologie : cette préposition vient de la confusion entre deux prépositions latines : ab + ablatif, qui indique l'éloignement, et ad + accusatif, qui indique la destination.

À : remplace de plus en plus la préposition 'de' dans le discours des enfants et des ignorants : La page à Mimile, C'est le vélo à ma sœur. Bon, mais d'autre part il est vrai qu'on dit La bande à Bonnot, une bête à bon dieu, sans oublier le très littéraire La mare au diable.

Étymologie : voir rubrique précédente.

À donf : ce momoche, verlan de l'expression « à fond » (au maximum) est omniprésent dans les bouches de nos contemporains, jeunes ou vieux, – et même dans la bouche de certains ministres ou ministresses de la République (française) : « La suppression de la carte scolaire ça va foutre le bocson, mais c'est ça qu'on attend dans les quartiers. Je vous le dis cash monsieur le président allons y à donf » (sic, paroles de Fadela Amara). Le français atteint des sommets d'élégance quand on emprunte les expressions de la canaille.

Étymologie : donf, verlan de fond, du latin fundus, qui signifie à la fois fond (d'un objet) et fonds (domaine, terre, propriété ; d'où foncier).

A l'identique : semblablement, pareillement, identiquement, de la même façon, de façon équivalente, de façon identique. On peut ensuite imprimer à l'identique autant d'exemplaires que l'on veut de la page (Hérodote point net). Récente manie de créer des expressions adverbiales avec un adjectif. Ceci touche même les textes de loi, par exemple : La reconstruction à l'identique d'un bâtiment détruit ou démoli depuis moins de dix ans est autorisée (Légi-France point gouv point fr).

Étymologie : identique, du latin identitas, -tatis : identité, venant de l'adjectif idem, eadem : le (la) même.

A l'international : sur le plan international, internationalement, voire tout bêtement : à l'étranger. Manie agaçante de former des locutions adverbiales à partir d'un adjectif précédé de 'à' + un article : de nos jours, pour être rentables, les séries doivent se vendre à l'international. On pourrait prendre le dernier 'à' comme une forme de datif avec le verbe vendre : vendre à qui ? A l'international. Autre exemple : En provenance de la Chine, les pilules étaient transportées dans des bagages ou via des colis destinés à l'international (= à l'étranger). Autre exemple, avec un accord au féminin : [candidat] sans expérience, sans recommandation, sans programme crédible cohérent avec la conjoncture, sans relation à l'internationale (sic), et plus grave, sans personnalité (il s'agit d'une présentation d'un ancien haut personnage de la République française, célèbre pour sa manie des blagounettes). Tiens, encore un exemple puisé dans les eaux internationales : L'animateur [Arthur] a cependant pris la peine d'affirmer qu'il ne partait pas [au Luxembourg] pour des raisons fiscales mais pour se développer à l'international et qu'il continuerait à payer ses impôts en France (TV-Mag - Le Figaro point com, 22.02.2013). Ah, c'est bien, ça.

Étymologie : international, formé de inter : entre, + national, venant de nation. Verbe de base : nascor, natus, nasci : naître. Nation, en langue ancienne, signifiait naissance. Cf. nature. Voir Nation.

A minima (appel ~) : terme de droit désignant un appel interjeté par le ministère public contre un jugement correctionnel ayant prononcé une condamnation qu'il estime trop légère. Antonyme : « appel a maxima ». Mais cette expression est assez souvent utilisée abusivement pour dire 'au minimum', 'réduit au minimum' ou 'minimal' : Mariage et adoption pour les homos: vers une loi "a minima" [...] L'Inter-LGBT avait déjà mis en garde contre une "loi a minima" dans une lettre au Premier ministre la semaine dernière (Presse-Océan point fr). Noter l'agaçante manie d'utiliser systématiquement les guillemets étazuniens ("...") pour citer. Autres exemples, attrapés au lasso : Traité budgétaire européen. Hollande et Debré main dans la main pour déterminer à minima les modalités de ratification (Agora-Vox). Noter ici l'accent grave « à minima ». Ou bien encore : Pare-feu à minima pour la zone euro. Des tractations entre les pays de la zone euro ont mené à la décision d'abonder à minima leur fond de secours financier pour éviter une nouvelle crise de la dette (Libération point fr). D'une part, la locution a minima ne comporte pas d'accent grave, puisque c'est du latin juridique. Noter d'autre part le verbe abonder, qui doit signifier renflouer, fournir, investir, verser, créditer, et qui est un terme utilisé en comptabilité. Enfin, last but not least (il faut savoir parfois sacrifier à l'anglais), l'expression a minima est employée à contresens.

Loteur livre au lecteur, à titre de curiosité historique, deux phrases extraites du communiqué du M.E.DE.F. (syndicat patronal) à propos de la signature d'un accord sur les contrats (janvier 2013) : "Ce soir, les partenaires sociaux ont placé la France en haut des standards européens en matière de marché du travail et de relations sociales. L'accord auquel ils sont parvenus est en effet tout sauf un accord a minima". Et voilà, le syndicat des patrons utilise le même langage fautif que les journalistes et les néo-rédacteurs. Ce qui est en tout cas sûr, c'est que les salariés seront traités avec des égards a minima, si on utilise cette terminologie, et qu'ils seront arnaqués a maxima.

Étymologie : minima, du latin minimum : la plus petite partie. A minima, abréviation de l'expression latine 'a minima pœna' : à partir de la plus petite peine.

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A priori : la locution 'a priori' appartient au vocabulaire philosophique, et quand on parle d'une connaissance a priori, il s'agit d'une connaissance indépendante de l'expérience. Une connaissance a priori est donc une connaissance structurée d'après des données antérieures à l'expérience, c'est une connaissance qui s'appuie sur les principes de l'intellect, ou bien c'est une connaissance non étayée par des faits. Antonyme : a posteriori, c'est-à-dire en partant des données de l’expérience, en remontant des effets aux causes et des faits aux lois.

Exemple tiré d'une dépêche de l'A.F.P., où on se demande ce qu'a voulu dire le rédacteur : Cet homme de 24 ans, a priori soudeur dans une entreprise d'une commune voisine, s'était lui aussi pendu, dimanche 27 janvier. A priori : à première vue ? A ce qu'on suppose ? On peut aussi donner comme autres sens : de prime abord, au premier abord, à première vue, selon toute vraisemblance, selon toute apparence... Bref, c'est très imprécis, et ne veut presque rien dire.

On ne compte plus les exemples où la locution 'a priori' est orthographiée à priori avec un accent grave sur le 'a'. Exemple relevé dans Yaourt! : Un match acheté ? "À priori, non" (emploi à contresens + faute d'orthographe). Dans l'article original, on lit : "Avez-vous acheté ce match?", l'interroge-t-on. "A priori, non", répond Aulas dans un rire. Le néo-rédacteur du chapô a ajouté un accent, jugeant sans doute que « ça fait joli ». Encore un exemple, puisé dans les eaux poissonneuses de Yaourt! : Faire des cauchemars n'est à priori pas anormal mais comprendre leur origine pourrait aider à les stopper (emploi à contresens + faute d'orthographe). Noter le verbe stopper, d'origine angloise, au lieu d'arrêter, de faire cesser.

Étymologie : du latin scolastique a priori (normalement a priore) : qui est le premier. Abréviation de a priori ratione qui signifie : par une raison qui précède (sous-entendu l'expérience).

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À risque : loteur ne peut que trouver bizarre cette construction trouvée au hasard de ses pérégrinations sur internet : Maladies héréditaires: êtes-vous à risque ? Il faut sans doute sous-entendre '(une) personne à risque', c'est-à-dire exposée. De même : une conduite à risque = une conduite risquée.

Étymologie : voir Risque.

AAA : depuis la prétendue crise qui sévit en Europe depuis 2007-2008, se sont pointées des « agences de notation », – ou plutôt des officines de notation, qui dispensent bons et mauvais points non seulement à des banques ou des instituts privés, mais aussi, comble de l'outrecuidance, aux États européens eux-mêmes. Le fait que ces officines, qui n'ont entre parenthèses pas vu venir la crise due aux « subprimes » et autres scandales, soient pour la plupart étazuniennes en dit long sur leur probité et leur compétence.

La meilleure note pour ces officines est le AAA ou triple A, qui indique une économie et une gestion stables et fiables. Quand un État ou un institut privé perd son AAA, on dit que sa note est dégradée (sic, pour diminuée). Pour loteur, qui est un anar impénitent, le fameux AAA évoque seulement pour lui l'« Académie Alphonse Allais », où au moins on se marre : Ah Ah Ah !

Le seul triple A que loteur reconnaisse :


Alphonse Allais, un Ancien Alcoolique Anonyme ? Ah Ah Ah !

Abaîtissement : c'est nouveau, ça vient de sortir. Lu sur internet, dans la critique du livre La fabrique du crétin : « L'abaîtissement des jeunes, que le niveau de plus en plus bas confirme, aurait été programmé [...] » ; et quelques lignes plus bas : « Seulement, le système engendre le contraire : il abaîtit l ‘élève par des programmes de plus en plus légers et remplace le travail par le ludique ». Question : une telle orthographe est-elle le fait de l'auteur du livre ? D'autant plus que quelques lignes plus bas, on relève la phrase : ... l'économie moderne avait besoin [...] d'une main d'œuvre bon marhé ... Une main d'œuvre bon marhé. Marrez-vous bien !

Il est vrai que loteur de ce site (barbarisme point com) parle d'analpha-bête à propos de certains ignorants, ou d'abruitissement à propos de musique moderne, mais là, le but est purement ludique, prétend-il.

Étymologie : abêtissement vient de bête. Latin bestia : bête sauvage. Quant à la forme abaîtissement, elle appartient à l'auteur de l'article sur lequel cette forme a été prise.

Abonder : ce verbe, intransitif, signifie normalement 'se trouver en abondance', 'se trouver en grande quantité'. Dans cette rivière, le poisson abonde. Mais quel sens attribuer au verbe abonder dans la phrase suivante : L'initiative figurait parmi les 165 projets du Fonds d'expérimentation pour la jeunesse abondé à hauteur de 65 millions d'euros ? (Le Figaro point fr). Le verbe abonder est normalement intransitif, et ce participe passé constitue ici une étrangeté. “ Abondé à hauteur de 65 millions ” signifie ici approvisionné (crédité, pourvu, fourni) à hauteur de soixante-cinq millions. Le Figaro point fr abonde-t-il dans ce sens ? Autre exemple : Abondé en partie par les États, le MES sera en fait un instrument permanent de transfert des richesses des peuples vers les banques. Abondé : fourni, approvisionné, renfloué... Encore un exemple, pris dans les mœurs politiques françaises : En effet, a indiqué Jérôme Cahuzac mardi, le compte à l'étranger qu'il possède «n'a pas été abondé depuis une douzaine d'années» (Xibaaru point com et divers blogues). Abonder = alimenter, créditer, verser sur. Ce sens est, paraît-il en provenance du vocabulaire de la comptabilité : abonder un compte.

Lu dans un article web : "Faire le débat en deux temps, ça nous paraît totalement incohérent, car le débat actuel est déjà sur la famille", abonde Nathalie Mestre, présidente de l'association Les enfants d'Arc en Ciel (familles homoparentales). Le verbe abonder, théoriquement correct ici, est employé pour : abonder dans le sens de, ou plus simplement affirmer, et cet emploi relève de la langue familière.

Étymologie : du verbe latin abundare, composé de 'ab' : venant de, ..., écoulement et de 'unda' : onde, vague. Abundare, c'est littéralement couler à flots. En ancien français, abonder signifiait donner en abondance (sens perdu, et retrouvé par la comptrabilité).

Aborigène : cet adjectif est souvent compris comme habitant de l'Australie, alors qu'il signifie simplement premier occupant d'un territoire. En effet, dans beaucoup de tribus tout autour du globe (que ce soit les Mayas, les Indiens et les Aborigènes), la tête de l'enfant était déformée progressivement en la serrant des (sic) linges (Gentside, 22.11.2011). L'expression « en la serrant des linges » a été reprise telle quelle par un certain nombre de sites. Autre exemple : En sanctuarisant l'art aborigène, des galeries ont failli le tuer (divers sites). Il s'agit ici de l'art des aborigènes d'Australie.

Certaines personnes disent « arborigène » au lieu d'aborigène, car ils pensent sans doute que les aborigènes, comme les singes, descendent des arbres. Il s'agit d'un cas de barbarisme ordinaire. Mais pour les bien-pensants corrects politiquement et propres sur eux, il s'agit là sans doute d'une marque de racisme inconscient.

Étymologie : aborigène, du latin ab : dès, à partir de, et origo, originis : origine. Les Romains donnaient le nom d'« Aborigines » aux peuples primitifs de l'Italie (Gaffiot).

Abracadabrantesque : adjectif forgé par Arthur Rimbaud à partir d'abracadabra, – formule magique –, et popularisé par un chef d'État français, en parlant de rumeurs absurdes, ridicules, invraisemblables. L'état du néo-crétinisme en France est également une situation abracadabrantesque. Se dit de toute idée, de toute formulation, de tout projet, de toute chose sans fondement réaliste : Or le respect des victimes – pas seulement celles qui sont mortes ce jour-là aux États-Unis, mais aussi celles qui sont mortes des conséquences en Afghanistan, en Irak, en Libye et ailleurs – exige que nous cherchions la vérité au lieu de nous contenter de mensonges abracadabrantesques (Thierry Meyssan à propos du 10e anniversaire du 11 septembre 2001).


Le triangle de la formule magique Abracadabra
On peut remplacer le K par un C

Une pub s'est emparée de la formule magique « Abracadabra » pour faire vendre aux enfants un infect mélange lait + chocolat, réalisé par une multinationale. Espérons que ça ne marchera pas.

appel : l'adjectif normal, correspondant à abracadabra, est abracadabrant : une histoire abracadabrante. La finale en -esque ajoute une note humoristique ou péjorative.

Étymologie : cette formule magique proviendrait de l'hébreu "Ha brakha dabra" (
הברכה דברה ) qui signifie : La bénédiction a parlé. Ou peut-être en relation avec l'entité nommée Abraxas, en grec Αβραξας, qui correspondrait au nom mystique et caché de Mithra ou du Soleil, et dont la somme des lettres donne le nombre 365 correspondant aux jours d'une année solaire.

Nota : pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec le français (victimes de la méthode globale, fruits de l'Éducation nationale etc…), il faut s'entraîner un peu avant de pouvoir prononcer cet adjectif d'une seule traite. Mais il est en cela battu par paraskévidékatriaphobie (peur du vendredi 13). Les paraskévidékatriaphobes sont anticonstitutionnellement abracadabrantesques. Qui dit mieux ? Voir Triskaïdécaphobie.

Abréviations : il est des abréviations qui, si elles peuvent se révéler commodes quand il s'agit d'écrire en 'texto,' sont tout simplement insupportables à voir : U au lieu du pronom personnel anglais you, 2 pour to (à, en anglais), 4 pour for (pour, en anglais), sk8 pour skate, CU L8R (see you later = à plus tard), etc. Les Français s'y mettent aussi : K7 (cassette), kc pour casser (cassé, cassais), 2 (pour de) : Nom 2 domaine. Un internaute signe f2s, parce qu'il s'appelle François de S. On trouve aussi cette manie anglo-américaine délirante dans Drole 2 Site (sans accent circonflexe sur le o). J2M : Jean-Marie Messier. Et pourquoi pas Charles 2 Gaulle ou Sharl 2 Gol ? Autres trouvailles : KDO 2 NOËL (cadeau de Noël), A12C4 (à un de ces quatre), koi29 (quoi de neuf) etc. L'armée n'est pas en reste : A2SM = Armement Air-Sol Modulaire. Cette manie correspond sans doute à l'envahissement de l'écriture par les sigles, lassants pour l'œil, mis à l'honneur (à l'horreur) par les anglo-américains, et par le « langage » SMS.


Démission du PM. Post Mortem ? Post meridiem ?
Police municipale ? Pistolet mitrailleur ? Ou, plus érudit :
Pontifex maximus (le pape) ?
Non, c'est Premier ministre (abréviation pas très courtoise).

Nouveau français : on M ou on M pas.
Avantages : une lettre pour un mot, pas de négation ni d'apostrophe

Parfois la recherche et la frappe d'une forme originale prend plus de temps que la forme initiale, par exemple ]{ pour K majuscule, où l'on est obligé d'appuyer deux fois en même temps sur la touche Alternate Graphics (Alt Gr) et sur une touche de la rangée des chiffres (clavier alpha-numérique) pour obtenir les deux caractères ] et {. Et, évidemment, le travail de déchiffrage de ces formes abrégées prend un temps fou. C'était notre rubrique « Comment perdre du temps pour faire semblant d'en gagner ».

Il est des abréviations qui sont tellement subtiles qu'on n'arrive pas à les déchiffrer du premier coup : Le collègue parfait est beau gosse, performant, hilarant, a son planning de dejs booké jusqu'en 2015 alors que vous peinez encore à vous faire accepter par certains services (Terra femina point com, 02.12.2012). Le planning de dejs ? Les déjeuners programmés ? Ou la Direction de l'Education, de la Jeunesse et des Sports ? Noter le participe booké, du néo-verbe booker, et qui doit signifier pris, rempli, engagé, réservé...

On a de tous temps utilisé les abréviations, même dans les images saintes et les textes sacrés, par souci d'économiser encre et papier, dans le désir d'aller plus vite. Et encore au siècle dernier (comme c'est loin tout ça !), il n'était pas rare de rencontrer 8bre pour octobre, 10bre pour décembre, etc. Cependant les abréviations actuelles, très utilisées par les textos, les réclames (“ pub ”), et même la télévision toujours à l'affût des mochetés à la mode, se distinguent par leur côté factice, et surtout par leur manque de lisibilité. Ce qui donne à ces abréviations un caractère volontairement obscur, nécessitant un effort de déchiffrage. Voir à la lettre ' S ' la rubrique Sigles.

Étymologie : du latin d'église abbreviatio : version abrégée d'un écrit. Ce mot prend au XVe siècle un autre sens : fait d'abréger. Depuis la fin du XVIIIe siècle, il signifie l'emploi des lettres initiales d'un mot pour le désigner. Ce mot connaît depuis le XIXe siècle divers emplois, dont l'emploi actuel : forme réduite d'un mot, d'un signe quelconque. Racine latine : brevis : court, petit.

Abruitir (néologisme personnel de loteur) : abrutir à force de bruit ou de « musique » moderne. Voir Musique.

Absentéisme : une des armes favorites des « travailleurs », qui s'appuient sur n'importe quel problème de santé pour ne pas aller au travail. C'est ainsi qu'un salarié, connu de loteur, s'est fait un jour établir un arrêt de travail de huit jours pour une indigestion de pois chiches.

Seule exception : les députés qui désertent les bancs de l'Assemblée quand bon leur semble (sauf les mercredis, jours de débats publics avec la présence de la télévision), sans qu'ils aient besoin de certificat médical. Idem pour les sénateurs. Une grande victoire du civisme des représentants du peuple. Voir Privilèges.

Antonyme : présentéisme ou fait d'être présent (c-à-d ne pas être absent, mais être présent plutôt de façon assidue). Assiduité, peut-être ? Un exemple : Par ailleurs, le présentéisme peut entraver la guérison et empêcher que les salariés récupèrent pour revenir à un état de santé normal, explique l'auteur de l'étude (Le Parisien point fr, 10.06.2014). Ce mot, présentéisme, s'imposait vraiment. Il est vrai qu'il y a un bémol : cette assiduité, ce présentéisme ne s'accompagnent pas en général d'un rendement ou d'une productivité accrus, ce qui constitue en fait une perte pour les entreprises. L'on est vraiment navré pour elles. Voir Régimes spéciaux.

Étymologie : du latin absens, -tis, participe présent du verbe abesse (ab-esse) : qui n'est pas présent.

Absolument : remplace le simple 'oui' dans une conversation, lorsque l'on est complètement convaincu de son fait. Croyez-vous que l'Europe soit une solution d'avenir ? – Absolument ! (en voilà un qui rêve). Il semble que la plupart des locuteurs jouent au jeu du « ni oui ni non » et trouvent d'autres expressions pour remplacer oui : tout à fait, absolument, c'est exact, parfaitement, voire affirmatif quand il s'agit de séries mettant en jeu des militaires ou des flics. Et pour non, pas du tout, en aucun cas, négatif...

Étymologie : adverbe fait sur l'adjectif absolu, du latin absolutus, participe passé adjectivé du verbe absolvo, absolutum, absolvere : détacher, dégager, débarrasser, absoudre. A partir de solvo, solutum, solvere : délier, dénouer, détacher. L'absolu, c'est ce qui s'oppose au relatif, c'est tout ce qui se détache (sens initial) de toute condition de temps, d'espace, de connaissance, etc. Le mot a assez vite pris le sens de parfait, achevé. Et l'absolution, c'est le fait de délier le pécheur de ses péchés.

Abstinence, abstinent : de plus en plus employés dans le sens de : qui se retient de, qui ne consomme pas. De nos jours, abstinent = qui ne consomme pas d'alcool = sobre. Verra-t-on un jour le slogan : Santé – Abstinence ?

Abstinence veut dire renoncement volontaire et durable à un plaisir. Ce peut aussi être une privation imposée par l'Église (abstinence sexuelle). Il n'est pas question d'alcool. L'abstinence, c'est le fait de s'interdire l'usage de quelque chose, de s'interdire la participation à quelque chose.

Étymologie : du latin abstinentia, dérivé du verbe abstineo, abstentum, abstinere : tenir éloigné, écarter, s'abstenir. Du supin abstentum vient abstention. De 'abs', indiquant une séparation, et tenere : tenir.

Abstract (anglicisme, prononcer æbstrækt) : rien d'abstrait là-dedans, malgré son nom ; ce n'est qu'une présentation, qu'un résumé (d'une thèse, d'une conférence, d'un discours). Avant de vous inscrire à ce colloque, veuillez nous faire parvenir un abstract de votre intervention. Importation frauduleuse de l'anglo-américain.

C'est ainsi que l'on voit de plus en plus d'articles ou de textes de conférence avec un « Résumé » de quelques lignes en introduction, suivi de sa traduction en anglais, titrée « Abstract ». Il faut s'abstraire de cette manie. Voir Pitch.

En revanche, le verbe abstractiser ne veut pas dire résumer, mais rendre abstrait.

Étymologie : abstract, du français abstraction : fait de se tenir à l'écart, séparation, détachement. Le mot anglais abstract veut dire quelque chose 'tiré de', 'abstrait de', un résumé. Du verbe latin abstraho, abstractum, abstrahere : tirer de (abs-trahere).

Abstraction : lu dans un texte traitant d'informatique : Couche d'abstraction matérielle. Outre le fait que ce type d'énoncé est totalement incompréhensible pour un être normalement constitué, on voit que les informaticiens n'en sont pas à un paradoxe ou à un illogisme près : comment une abstraction peut être matérielle ? (En fait il s'agit d'un système de détection de périphériques). Les touches SECRETES pendant l'installation de Windows. F5 : Pour sélectionner le type d'ordinateur et la couche d'abstraction matérielle (HAL) (Le Monde de Garry). Voir CAO.

Étymologie : voir rubrique précédente.

Abus (sexuels) : cela désigne des attouchements, des sévices, des agressions, voire des viols. Le terme abus, très utilisé par les journalistes et les media, est bien pâle.

Avec le verbe désormais transitif abuser, qui ne veut plus dire mal user de, profiter malhonnêtement de (la confiance de quelqu'un), mais faire subir des violences sexuelles, violer : un enfant abusé (sic ; victime de sévices sexuels), une jeune fille abusée (re-sic ; violée). Un forum pose gravement la question : Comment reconnaitre un enfant abusé ? Un autre discute savamment de L'abus sexuel chez l'enfant (il ne s'agit pas d'enfant abusant de relations sexuelles, mais d'enfant violé). En plus du viol de l'enfant, l'on a droit au viol de la langue, à cause de l'emploi ambigu d'un mot. Encore un exemple ? Une bande de garçons de son lycée avait fait boire de l'alcool à l'adolescente en question, jusqu'à la rendre ivre morte. Les lycéens en avaient ensuite profité pour abuser sexuellement de la jeune fille (Gentside - Sport). Noter ici l'expression abuser sexuellement de pour dire violer. C'est une dérive abusive, à éviter, et une importation frauduleuse de l'anglo-américain 'to abuse'. L'emprunt immodéré à l'anglo-américain rend le discours imprécis, voire incompréhensible.

appel : en anglois, to abuse veut dire : injurier, insulter, maltraiter.

Étymologie : abuser, littéralement c'est ab- user : user de façon immodérée. Du latin usus : usage. Abusus : utilisation d'une chose jusqu'à son épuisement ; mauvais usage, usage immodéré.

Sexuel : du latin sexus : sexe. Sexus, sexe, sont de même racine que section, sécante. Latin seco, sectum, secare : couper, séparer. Nous sommes sexués parce que séparés (en deux sexes). L'étymologie va naturellement contre le mariage homosexuel.

Abuse (anglicisme, prononcer əbju:s ou plus simplement eubiousse) : signifie abus en anglais, dans le sens de pratiques abusives. Tous les fournisseurs d'accès internet ont un service « abuse » : répression contre le mail-bombing (bombardement de messages), l'envoi de virus dans des messages piégés etc. Malgré la « loi Toubon », il n'y a malheureusement pas de service abuse contre les néo-crétinismes et les emprunts à l'anglo-américain. Ce petit glossaire en tient lieu.

Étymologie : voir rubrique précédente.

Abyssal : dans l'esprit des journalistes, ce doit signifier : énorme, considérable, profond ou plutôt plus profond que profond (doubleprofond en néo-langue). D'autres (idées) restent sources de divergences abyssales, comme l'usage des pesticides qui polluent les eaux et le sol (La Dépêche point fr, 23.10.2007). Ou encore : Par ailleurs, l'absence de définition commune a pour conséquence des divergences abyssales entre les Etats membres sur la notion même de concession... (C.C.I.-Paris-IdF point fr, 11.05.2012). Autre exemple : D'une part, ce gouffre soudain, abyssal, inédit, avéré et pourtant inexpliqué à ce jour, de 3400 milliards de dollars dans la comptabilité des dépenses militaires au cours des années fiscales 1999 et 2000 (re-open-911). Là, on est véritablement estomaqué par l'énormité des détournements de fonds – très profonds.

Étymologie : du latin d'église abyssus : abîme, attesté depuis Tertullien, au sens propre d'espace immense, s'étendant entre le ciel et la terre et habité par Dieu.

Académique (néo-crétinisme) : entendu à la french TV, la source N°1 de néo-crétinismes : ... elle n'a pas de formation académique en économie (à propos de Christine Lagarde). Qu'est-ce qu'une formation académique ? La journaliste d'A2 ayant proféré cela voulait-elle dire une formation classique ? Une formation universitaire ? Un petit tour dans le dictionnaire Harrap's de loteur, et l'on y apprend qu'academic en anglois signifie universitaire. Mais il est vrai qu'« universitaire » est un mot français que plus personne ne comprend, et que sa traduction en anglo-américain s'imposait (Les Belges et les Québécois utilisent aussi, paraît-il, académique au lieu d'universitaire : « année académique »). Autre exemple, autre sens : [...] les contrôles effectués "n'étaient pas des contrôles antidopage. C'étaient plus des tests académiques, des tests de QI" (à propos de tests anti-dopage ; cité par Le Monde point fr, 05.09.2012). Des tests académiques ? Des tests classiques, peut-être, ou des tests traditionnels ? Loteur conçoit mal l'adjectif académique à propos de cyclisme et de tests anti-dopage.

Étymologie : académique, adjectif formé à partir d'Académie, latin Academia, venant du grec
Ακαδήμεια (Academeia), jardin consacré au héros Ακάδημος (Acadêmos), près d'Athènes, et où enseignait Platon.

A capella (italianisme) : sans accompagnement instrumental. Étymologie donnée par les dictionnaires : a capella vient du latin caput, la tête. Fausse étymologie, car l'expression est en rapport avec capra : la chèvre. Chanter a capella : chanter avec une voix de chèvre (se dit de la plupart des chanteurs et chanteuses modernes).

Étymologie : capella, du latin capella : petite chèvre, diminutif de capra. Outre cette étymologie, on suppose aussi que l'expression vient de l'italien a capella : à la chapelle.

Accéder : verbe désormais transitif. Cette page a été dernièrement accédée le ... : charabia d'informaticien signifiant : dernier accès à cette page le ... Autre exemple, pêché sur la page d'accueil d'un fournisseur d'accès internet : Nous avons détécté que le compte accedé servait d'espace de stockage (sans accent aigu sur accédé, mais avec un accent aigu pittoresque sur détecté). En provenance directe de l'anglo-américain : This page has been accessed 1,570 times (il y a eu 1 570 accès à cette page). Voir Passif.

Le substantif est accès : Résoudre le problème d'"accès refusé" à l'ouverture de fichiers ou de dossiers (Windaube). Trouvé sur internet cet exemple étonnant (l'erreur est-elle due au sélectionneur, ou est-elle commise par le journaliste qui a mal retranscrit les propos ?) : Raymond Domenech avait l'habitude de défendre ses joueurs quand il portait le costume de sélectionneur. Aujourd'hui, il n'épargne pas les Bleus. "Il y a accès d'individualisme", lance-t-il (Euro-Sport point fr, 24.06.2012). L'individualisme avec la cupidité sont sans doute les deux seules choses auxquelles les joueurs de l'équipe de France aient accès, et ce – avec excès.

Étymologie : du latin ad-cedere : aller vers, s'approcher de. Du verbe cedo, cessum, cedere : aller, marcher, et également quitter, céder.

Accent (tonique) : l'accent tonique n'existe pas en français. La voix tombe normalement et faiblement sur la dernière syllabe sonore. Les néo-crétins, cependant, et surtout ceux de la french TV, font systématiquement porter cet « accent », et très fort, sur la première syllabe d'un mot, quelle que soit sa longueur. En le faisant porter sur la première syllabe, cela donne une façon de parler tout à fait crispante, horripilante, hystérique. Si ça convient à la rigueur aux présentateurs d'émissions de variétés ou de divertissement, dont l'élocution rappelle celle des bateleurs ou celle du racolage, ce ton ne sied évidemment pas aux présentateurs de journaux télévisés, qui devraient adopter normalement un ton plus professionnel et mesuré. La raison semble être la volonté de capter l'attention de l'auditeur à tout prix. Méthode de bateleur ! Exemples d'une présentatrice du bulletin météo d'A2, qui fait porter l'accent tonique non plus sur la première syllabe d'un mot, mais presque systématiquement sur une particule antéposée (article, adverbe, préposition ...) : un anticyclone qui nous protège, ou bien ; les températures seront chaudes, et un peu plus loin : les températures seront aussi supérieures aux normales saisonnières. Autres exemples, entendus à de la bouche d'une journaliste de la même french TV : On attend d'un instant à l'autre la décision du tribunal. Tous les acteurs sont là. Maintenant, tous ceux qui cacabent à la french TV parlent ainsi, pas seulement les demoiselles de la météo, mais aussi les « journalistes » (BFM-Télé, A2, M6, TF1, etc.).

Il est un autre tic qui, lui aussi, est horripilant : le (la) présentateur(-trice) ou journaliste font porter assez fortement l'accent tonique sur une particule antéposée (un article, par exemple), marquent un temps d'arrêt, puis reprennent leur discours. Cette manière de parler est un véritable déhanchement linguistique, qui devient vite lassant. Conclusion : on a l'impression que les mots ne sont plus importants, mais n'est important que le seul fait de communiquer (= raconter n'importe quoi), ou alors – et c'est là l'hypothèse la plus probable – les journalistes et les présentateurs de la french TV ne comprennent pas la moitié de ce qu'ils lisent ou disent. Voir Hystérie.

Le C.S.A. (Conseil Supérieur de l'Audio-Visuel), qui prétend moraliser la télévision française, ne semble pas très regardant quant à la qualité de la langue des différents présentateurs et journalistes des chaînes de télévision : fautes de français, déplacement de l'accent tonique, emploi abusif de l'anglo-américain, calques d'expressions anglo-saxonnes ... on se demande à quoi sert cet organisme, sinon à veiller à quelque chose d'infiniment futile et qui ne concerne que quelques groupes de pression : le politiquement correct.

Techniquement, sur le plan linguistique, le fait que l'accent tonique porte sur la première syllabe sur s'appelle « accent antithétique ». Nos vaillants hommes de télévision sont des personnalités antithétiques, ou même – antipathiques.

Étymologie : du latin accentus : ton (d'une syllabe), accent de hauteur ou d'intensité. La racine est cantus : chant. Cf. cette pique de Jules César, s'adressant à un orateur qui avait très mal prononcé son discours : « Si tu as voulu parler, tu as chanté. Et si as voulu chanter, tu as très mal chanté ». Les présentateurs et journalistes de la french TV ne savent ni parler ni chanter.

Tonique vient de ton : tension, élévation de la voix. Du latin tonus, venant du grec
τόνος (tonos) : corde (d'un instrument de musique), du verbe τείνειν (teinein) : tendre.

Accents (sur les voyelles : à, é, è etc) : tendent de plus en plus à disparaître en français, sous les coups de boutoir de l'anglo-américain et de l'informatique. Il est bien loin, le temps où les instituteurs et professeurs exigeaient non seulement les accents sur les voyelles, mais aussi qu'ils soient bien formés, de façon qu'on ne confonde pas un accent aigu avec un accent grave. Ce système unique de graphie, propre au français, est de plus en plus négligé, ignoré, bafoué. Il en est de même pour les cédilles (ç, Ç) et les ligatures (æ, œ, Æ, Œ). Souci d'aller plus vite ? Mais les accents sont marqués sur les claviers informatiques en bonne et due place. Souci d'être lu par tous les systèmes informatiques ? Mais il est loin le temps où les lettres accentuées n'étaient pas reconnues. Simple paresse d'esprit, manque de culture ou copie servile de l'anglo-américain ? Cela est plus probable. Pour les adresses sur internet, les accents ne sont pas tolérés, de sorte qu'on est obligé de taper www.neo-cretins.com au lieu de www.néo-crétins.com. C'est une des grandes victoires du néo-crétinisme mondial selon les Anglo-Américains.

On peut par contre trouver des accents pléthoriques, comme dans cet exemple tiré de 20 Minutes point fr, 31.03.2013 : La circulation de Saint-Ouen vers la capitale est actuellement déviéé su le préiphérique ouest (sic, il y a bien écrit : su le préiphérique). Loteur donne au lecteur étonné la phrase suivante du paragraphe : La sortie Clignancourt sur le préiphérique intérieur est quant à elle fermée et le boulevard des Maraichaux est interrompue, rapporte Le Parisien. Donc le néo-rédacteur de 20 Minutes semble avoir adopté la graphie « préiphérique », et a décidé de donner une nouvelle orthographe à Maréchaux (« Maraichaux »). S'il pensait à maraîcher, c'est loupé, car ce mot prend un i accent circonflexe ( î ).

Les accents en français se mettent AUSSI sur les lettres en majuscules. Ainsi :

FILS DEPUTE n'est pas FILS DÉPUTÉ
LE ROTI EST SALE n'est pas LE RÔTI EST SALÉ
DANS CET HOPITAL PSYCHIATRIQUE IL Y A BEAUCOUP D'INTERNES n'est pas :
DANS CET HÔPITAL PSYCHIATRIQUE IL Y A BEAUCOUP D'INTERNÉS,
– quoique, comme disait Alphonse Allais, la différence entre les deux ne tienne qu'à l'épaisseur d'un accent aigu.

Par contre, là où il ne devrait pas y avoir d'accent, on en trouve de façon pittoresque et inattendue : ésperer, corréspondre, éléction, etc. Encore une victoire de l'éducation moderne et de la ‘méthode globale'. " Le Général Kachtalinsky bléssé à Ka-Lien-Tse " au centre , et illustrée sur les bords , de tètes de personnages (le scripteur n'a fait que recopier un texte qu'il avait sous les yeux ; il n'y a pas de fautes dans le texte original). Dans le même esprit : aux premières loges d'un lourd passé historique particulièrement ambiguë… (à quoi se rapporte l'adjectif féminin ambiguë ?) A noter cette perle dans Y'aoù? : « Lagarde ambigüe sur l'amendement visant les rémunérations ». Pas d'auxiliaire entre Lagarde et ambigüe (ambiguë), une faute d'accent criante ... Les journalistes se surpassent. A quand les chroniques directement rédigées en anglo-américain ?

Le français défiguré

Voici ce qu'on obtient en lisant des pages internet, si l'on n'adopte pas le bon codage :

En typographie, le cliché, plaque métallique portant l’empreinte d’une page ou d’une gravure, dans laquelle une matière fondue s’est coulée puis solidifiée, permet une reproduction en un grand nombre d’exemplaires. L’emploi du cliché se généralisa dans les années 1830, mais ce fut surtout à partir des années 1860 que cette technique de reproduction fut abondamment exploitée. Dans son Nouveau manuel complet de typographie (Paris : Mulo, 1921), Émile Leclerc expliquait ainsi, clairement, le substantif clichage : « créer, d’après une composition unique formée par l’assemblage de caractères mobiles, une ou plusieurs autres planches solides et authentiques, tel est le but du stéréotype ou clichage » (p. 610). Le clichage a recouru à du cuivre, à un alliage de plomb, de cuivre et d’étain, à du plâtre et à du papier (pp.612-615).


Le C.N.D.P. à l'attention de la communauté éducative (?)
SCÉRÉN : pourquoi un É devant un N final ?
Si le C.N.D.P. maîtrise si mal le français, il n'y a plus d'espoir.
Il suffisait de mettre des points entre les lettres pour que ça puisse, à la rigueur, passer.

Étymologie : voir rubrique précédente.

Accents circonflexes : un des points de la prétendue réforme de l'orthographe de 1990 a été la suppression de certains accents circonflexes, jugés inutiles car n'ayant pas de rôle grammatical. On admet ainsi 'connait' au lieu de connaît, 'apparaitre' au lieu d'apparaître, etc. Mais cela reste flou, et on peut rencontrer les deux graphies dans le même paragraphe : Stéphane Le Foll est la personnalité au PS, qui connait le mieux les questions agricoles au niveau européen. [...] Par ailleurs, Stéphane Le Foll est élu dans la Sarthe et connaît les enjeux des paysans français (Le Figaro point fr, 16.05.2012). Autre exemple, lu sur TF1-News (sic) du 17.05.2012 : Il y a un Premier ministre, qui s'appelle Jean-Marc Ayrault et qui arbitre les choses, a-t-elle [S. Royal] laché sur BFMTV. A noter le néo-crétinisme « lâcher sur BFM-TV ». A l'énoncé de cette phrase, loteur s'attendait qu'elle lâchât (des chiens, par exemple) sur les journalistes de BFM-TV.

Parfois un mot dans un article est orthographié avec un accent circonflexe, et cet accent disparaît quand il est repris dans un autre article : La dernière nomination qui m'apparaît extravagante [...], c'est celle de Mme Taubira comme garde des sceaux ( citant M. Le Pen, 16.05.2012). Repris dans Yaourt!-Actualités, cela donne : La dernière nomination qui m'apparais (sic) extravagante (...) c'est celle de madame Taubira comme garde des Sceaux (17.05.2012). Ici, non seulement l'accent circonflexe a disparu, mais encore le 't' a été remplacé par un 's'. Les néo-rédacteurs de Yaourt! se surpassent. Noter également la manie, propre au journal Le Monde, – paraît-il – de ne pas mettre de majuscules aux noms de titres et de ministères : « garde des sceaux ».

Étymologie : pour accent, voir plus haut. Circonflexe, du latin circumflexus : fléchi autour. Circum : autour, + verbe flecto, flexum, flectere : courber, plier, fléchir.

Acceptabilité (XIXe siècle) : les substantifs se terminant par -ilité sont vraiment à la mode. L'acceptabilité désigne le caractère de ce qui est acceptable, ce qui est de condition acceptable, le fait d'être acceptable. L'acceptabilité des conditions tarifaires de cette société en fait un bon partenaire pour une joint-venture (sic). Ce style est inacceptable.

Voir Défectuosité, Durabilité, Employabilité, Faisabilité, Infectuosité, Payabilité, Pénibilité, Utilisabilité, Vérifiabilité (etc.)

Étymologie : mot formé d'acceptable avec le suffixe -ité. Cf. latin médiéval acceptabilitas : qualité de ce qui est acceptable. Venant d'acceptable, de ad- : à, et *cipere pour capere : prendre.

Accidentogène (barbarisme) : d'emploi journalistique et administratif, ce terme élégant et léger signifie « qui provoque ou entraîne des accidents » (ou quelque chose de ce genre). Cette portion de route est accidentogène. Ici, accidentogène veut tout simplement dire dangereux. Autre exemple : Le bâtiment est le secteur le plus accidentogène, titre Le Parisien point fr. Il est vrai que l'adjectif 'dangereux' est tellement plat.

L'étude des accidents, de leurs causes et de leurs conséquences est évidemment l'accidentologie. Cela n'a rien à voir avec l'accident au logis, ou accident domestique. Pour Jacques Robin, ingénieur expert en accidentologie, le problème réside dans le fait qu'"un autocar large a croisé un camion large sur une route étroite qui fait manifestement cinq mètres de large" (France-TV Info [sic] point fr, 23.10.2015). Noter le bel effet typographique « qu'"un autocar », dû à la détestable manie d'adopter des guillemets étazuniens.

Étymologie : mot formé d'accident et de -gène. Accident : venant de 'accidens', participe présent de accidere, advenir, survenir ; formé de ad, à, et cadere, tomber. Le suffixe productif -gène sert à former de nombreux mots. Racine : gen : engendrer, d'où genre, gendre, genou, génération, etc.

Accompagnement, accompagner : deux des maîtres-mots de la néo-langue, qui remplacent le plus souvent « aide, aider ». L'accompagnement s'adresse à tout demandeur d'emploi qui en fait la demande, quels que soit son âge, ses qualifications, son domaine d'activité ou sa durée de chômage, et qui a le droit de travailler (SNC point Asso point fr). Autre exemple : L'accompagnement éducatif, c'est accueillir les élèves après les cours pour leur proposer une aide aux devoirs et aux leçons, un renforcement de la pratique des langues vivantes, des activités culturelles, artistiques ou une pratique sportive (Éducation point Gouv point fr). Encore un exemple, encore issu d'un organisme gouvernemental (l'État se soucie vraiment de nous) Thématique 7 : Offrir à l'entrepreneur un accompagnement global et sur-mesure (sic ; Redressement productif point gouv point fr). Encore un exemple ? La loi du 9 juin 1999 officialise le droit aux soins palliatifs : « Toute personne malade dont l'état le requiert a le droit d'accéder à des soins palliatifs et à un accompagnement » (Santé point gouv point fr). Noter l'expression néo-crétine « soins palliatifs ».

Des entreprises paient à prix d'or des organismes d'orientation professionnelle pour aider les salariés qu'elles vont flanquer à la porte à se recaser tant bien que mal dans la société. Elles peuvent aussi proposer des emplois sous-qualifiés et sous-payés loin du lieu de résidence du salarié voire, cyniquement, à l'étranger, avec le smic du pays (ce qui ne représente la plupart du temps que 200 à 300 euros). Cela est saupoudré de « mesures d'accompagnement », comme un stage de reconversion professionnelle (pour être encore moins qualifié, encore moins payé), des entretiens devant un psychologue-conseil (pour essuyer le traumatisme d'un « plan social »), des entrevues avec des conseillers d'orientation professionnelle qui aident à établir un plan de reconversion... Tout cela contitue des mesures d'accompagnement. On peut dire que l'accompagnement est là vraiment mesuré.

Tel chômeur (demandeur d'emploi) est accompagné dans ses recherches par un « conseiller », tel étudiant est accompagné dans ses démarches par un autre conseiller (COP ou Conseiller d'Orientation - Psychologue ; ce n'est pas un psycho-flic, ce n'est pas une plaisanterie, l'abréviation existe), tel manager va être accompagné « dans une politique visant à favoriser l'esprit d'entreprendre en France ». On peut énumérer de nombreux domaines où sévit la notion moderne d'accompagnement, qui va souvent de pair avec le coach, le consultant, le formateur, le conseiller, l'éducateur, le thérapeute, etc. Bref, on accompagne une personne plus ou moins « en demande » (et donc plus ou moins dépendante) dans ses orientations plus ou moins vitales, comme un parent dévoué accompagne un enfant à l'école. Derrière cette attitude de bienveillance, se cache une infantilisation des adultes que nous sommes. Si l'accompagnement, c'est prendre théoriquement les gens par la main, c'est surtout une façon de prendre les citoyens pour des mineurs.

Cette notion d'accompagnement coexiste avec l'idée de fragilité (personnes fragiles), de demande, de dépendance – y compris à l'alcool, au tabac ou à la drogue et, finalement, l'accompagnement fait entièrement partie d'une société déshumanisante. L'accompagnement est le masque qui sert à redonner un semblant d'humanité à notre société.

A lire cet article d'Hélène Genet sur Les sentiers fleuris de l'accompagnement. La présente rubrique a été rédigée sur la suggestion de G. D.

Étymologie : accompagner, accompagnement viennent de compagnon, venant lui-même du bas latin companio, -nis, formé de cum : avec, et de panis, -nis : pain, qui a donné aussi copain. Ce mot companio est déjà attesté dans la Loi Salique, où il apparaît comme un calque d'un mot germanique gahlaiba : compagnon, littéralement : celui qui partage le pain avec (ga-hlaiba. Cf. le mot russe хлеб [hlieb] : pain, bulgare хляб [hliab] : pain). Il semble cependant que dans l'idée d'accompagnement de nos jours, ce n'est plus le pain qu'on partage, ce sont les miettes.

Accordéon (effet d'~) : il ne s'agit pas ici du phénomène souvent constaté sur les routes ou les autoroutes (ralentissements – accélérations de la circulation), mais du phénomène de raccourcissement – allongement des mots. En effet on trouve d'abord des mots raccourcis par apocope (perte de la finale) comme actu (= actualité), ado (= adolescent), consulte (= consultation), promo (= promotion), ou des sigles ou acronymes : I.V.G. (= Interruption Volontaire de Grossesse = avortement), S.D.F. (= Sans Domicile Fixe = clochard, vagabond). Ceci peut entraîner des ambiguïtés : exclu veut-il dire nouvelle en exclusivité ou quelqu'un de rejeté ?

En face de cela, on trouve dans le parler néo-français des mots ou expressions comme perdurer au lieu de durer, procéder à l'acquisition de au lieu d'acquérir, ou procéder à un achat au lieu d'acheter, affectionner au lieu d'aimer ou de chérir.

Étymologie : accordéon : instrument de musique, dont le son est produit par l'action simultanée d'un soufflet et d'un clavier sur des anches métalliques. De l'allemand Akkordion, mot forgé en 1829 après Jésus-Christ à Vienne par Damian, inventeur de l'instrument, par dérivation d'Akkord, terme de musique, avec adjonction du suffixe -ion, sur le modèle d'Orchestrion (instrument inventé en 1791 par Kung à Prague). Le suffixe -ion a été altéré en -éon, lors de l'emprunt, sur le modèle d'Orphéon.

Effet, du latin effectus, venant de effectum, supin de efficio, effectum, efficere : effectuer, produire, formé de ex : de, depuis, venant de, + facere : faire.

Accords : tendent à ne plus être respectés. Toutes les fautes signalées ci-dessous peuvent être de simples fautes d'accord (masculin pour féminin, singulier pour pluriel, etc.) ou, plus grave, des solécismes (fautes contre la grammaire : indicatif en -er au lieu de participe passé, etc.). Il s'agit de « copiés-collés » à partir des textes originaux (nul trucage, donc). Voici quelques exemples, parmi des centaines, que loteur a attrapés avec son épuisette à néo-crétinismes :

• Le ministère américain de la Défense a rendu public mardi pour la première fois deux clips vidéo montrant l'avion s'écrasant sur le Pentagone le 11 septembre 2001, à la suite d'une requête d'une association américaine qui espère ainsi mettre fin aux théories du complot (Vingt Minutes point fr, 10.09.2006). A rendu public : a rendu publics.

• Elle devrait également souligner "les devoirs qui accompagnent tout progrès sociaux" (Capital point fr, 10.02.2007). Tout progrès sociaux : tout progrès social, tous progrès sociaux.

• « Notre but est de s'assurer que ces équipements soient sûrs, efficaces et protégés d'interférences extérieures » (traduction d'un texte en anglais par TF1 point fr, 12.03.2008). Notre but est de s'assurer : notre but est de nous assurer.

• Deux avions français et israélien ont failli entrer en collision au-dessus de la Serbie (Le Monde point fr, 30.12.2009). Deux avions français et israélien : deux avions, l'un français, l'autre israélien ?

• Je suis un nouveau membre d'ABC et n'en maîtrise pas encore toutes les arcanes. Comme je suis prof de français, mes recherches ne sont pas tout à fait désintéressées (Langue française point net, 14.02.2010). Le mot arcane est masculin ; pour un prof de français, il cache mal son ignorance.

• S'en suivent une série de révélation sur les écoutes dont ont été victimes des familles de soldats morts en Afghanistan et en Irak (The Huffington Post point fr, 18.07.2011). S'en suivent une série de révélation : s'en est ensuivie une série de révélations.

• Les proches de la candidate à la primaire PS se mobilisent, à 45 jours du premier tour tandis que l'entourage de son principal rival justifie son absence: "on était pas informés qu'il fallait venir" (Libération point fr, 27.08.2011). Ici, non seulement 'on' est accordé au pluriel, mais il n'y a pas de négation entre 'on' et 'était' dans une phrase négative.

• Si la famille royale veut nous poursuivre, nous feront avec (Voici point fr, 29.09.2011). Nous feront : nous ferons.

• La République fait appel aux religions pour éteindre les incendies sociales (2005) (Médiapart point fr, 06.10.2011). Incendies sociales : on dit un incendie.

• Lors d'une conférence de presse à Tunis, Rachid Ghannouchi, qui ne brigue pour lui-même pas de poste officielle dans la Tunisie post-Ben Ali ... A moins que Rachid Ghannouchi ne brigue le poste de ministre de la Poste (Capital point fr, 28.10.2011). Poste officielle : erreur fréquente avec les adjectifs terminés par -al, -el et -eur. Noter : poste officielle, post-Ben Ali, ministre de la Poste.

• Ce n'est pas la première fois que ce type de réactions, face à l'acte d'un ou plusieurs individus, apparaissent sur Internet (Slate point fr, 29.11.2012). Accord avec réactions et non avec type.

• Il a ensuite rouler à travers la ville de Chengdu avec un policier sur le capot pendant 5 km à plus de 100 km/h (chronique Yahoo, 12.12.2011). Il a ensuite rouler : roulé.

• D'un coté, ceux qui disposent d'une habitation et désirent la louer pour arrondir ses fins de mois (La Tribune point fr, 28.12.2011). Ceux qui … ses fins de mois : leurs fins de mois.

• Le guide libyen mort, les victimes de l'attentat de la PanAm peuvent-elles s'estimer venger? Plutôt floués! (Bakchich point info, 05.01.2012). Venger … floués : vengées … flouées.

• Il souhaite notamment que les manquements de la DCRI soit éclairci. Comment Mohamed Merah a pû tuer sept personnes en moins de dix jours? (L'Express point fr, 04.06.2012). Les manquements de la DCRI soit éclairci : soient éclaircis ; a pû tuer : a pu tuer.

• L'Aube Dorée a « nettoyé » entre guillemets les places des vieux quartiers d'Athènes où des personnes âgées habitent et qui avaient peur de sortir de chez eux... (Rue-89 - Nouvel Obs point com, 08.06.2012). Des personnes âgées ... de chez eux : de chez elles.

• Neuf Palestiniens ont été tués, dont un frère et une soeur de 3 et 1 an dans le nord du territoire (Le Point point fr, 19.11.2012). Accord du mot 'an' avec le dernier chiffre un. La ligature manquante œ dans le mot sœur est dans l'original.

Les exemples sont légion. Tout cela est à mettre encore une fois sur le compte de la 'méthode globale'. Et dans l'exemple : Veillée d'armes pour les anti-mondialisation [= partisans de l'~], le mot “ anti-mondialistes ” ne serait-il pas plus simple ?

Il existe aussi un accord de proximité (), c'est-à-dire que l'accord ne se fait pas avec le sujet normal, mais avec un complément, placé juste à côté du verbe : Ce genre de preuves sont très fragiles (sic). Autre exemple, pêché avec le filet à néo-crétinismes de loteur : Ce n'est pas la première fois que ce type de réactions, face à l'acte d'un ou plusieurs individus, apparaissent sur Internet (slate point fr). Autre exemple : [...] et peu importe que seulement 1% des demandes d'autorisation d'achat soient rejetées par les revendeurs d'armes licenciés (slate point fr ; c'est seulement 1 % des demandes qui est rejeté. Quant aux revendeurs « licenciés », ce doivent être les revendeurs autorisés et non remerciés ou virés). Encore un exemple : La majorité des gens méritent le sort qui sera bien tôt le leur. Curiosité : l'adverbe bientôt a été scindé en deux. Ou cet autre exemple : Angleterre : une patrouille de musulmans imposent la loi islamique dans la rue. Une patrouille ... imposent ? Ou bien encore cet exemple tiré d'un forum : D'autres parts (sic), pour les branches professionnelles employant au moins un tiers de salariés à temps partiels, de futures négociations sont prévues. L'accord au pluriel de partiels est peut-être dû au 's' final de temps. Et encore un exemple (c'est gratuit) : La logique de l'égalité de tous les modes de vie, contenue implicitement dans le PACS, s'est avérée plus fortes que toutes les dénégations, même sincères. Une part de ces fautes est sans doute due à l'inattention, d'autant plus que le participe passé 'avérée' est bien au singulier. Un autre accord de proximité : Ceci dit, le choix des coachs et du public m'ont parfois étonnée (chroniqueuse yaourt). C'est le choix qui a étonné, et non les coachs et le public. Un autre accord de proximité est à signaler, mais celui-ci est fait d'après le sens : Où vont la « gauche militante » et étudiante après le « Printemps Érable » ? Le sujet est « la gauche », et non militante et étudiante, qui ne sont que de simples déterminatifs.

() loteur a emprunté cette expression aux correcteurs du Monde point fr (voir ICI)

Autre accord de proximité, classique : l'impératif et l'indicatif sont confondus. Allez pressez le rebord inférieur de l'os des pommettes de façon prolongée. Bien différencier de : Allez, pressez le rebord inférieur ... Il s'agirait là de deux impératifs séparés par une virgule.

Quant aux erreurs d'accords de construction (accords syntaxiques), on ne les compte plus ; un exemple : Regardez qu'est-ce qui manque sur cette affiche (un présentateur de la french TV). Ou bien : Est-ce que le sujet expose t-il clairement des difficultés à se déplacer, à s’asseoir ou à tenir des objets ?

Étymologie : accord (XIIe siècle) : pacte scellé par un serment. Se trouve également dans le sens d'union, d'harmonie. Emprunt au latin *accordare, venant de cor, cordis : cœur. L'étymologie faisant remonter accord à corde (d'instrument de musique) est fausse.

Accrocher (s'~) : désormais, pour tout chef d'État menacé par un mouvement révolutionnaire, le fait de se maintenir au pouvoir face à la tempête qui gronde est qualifié par nos valeureux journalistes par l'expression : s'accrocher au pouvoir. Il en a été ainsi du président Ben Ali, du président Moubarak, qui s'accrochaient au pouvoir (premier trimestre 2011). Idem pour Kadhafi, et l'on peut lire de nombreux titres de la presse écrite ou sur internet : Kadhafi s'accroche au pouvoir. Remarque : Kadhafi s'accroche au pouvoir, Mussolini fut pendu à un croc de boucher.

En dehors du psittacisme désagréable, dont sont coutumiers nos excellents journalistes, ceci ressemble fort au coup de pied de l'âne, agression lâche contre un ennemi vaincu. Et les journalistes de se déchaîner contre ces anciens chefs d'état, en les traitant de tous les noms : "autocrate", "dictateur", ou même "fou sanguinaire" (pour Kadhafi) etc. Il est dommage que les journalistes ne s'en soient pas rendus compte avant. Mais chez les journalistes, il n'y a nulle morale, chers lecteurs, nulle morale.

Étymologie : de croc, instrument crochu.

Accueil : désormais orthographié « acceuil » par les néo-crétins victimes, hélas, de la méthode globale qui a fait, globalement, de grands dégâts.


Deux exemples parmi des dizaines et des centaines.

Les 'pages d'accueil' sont devenues des 'pages d'acceuil', car les néo-crétins ont franchi un nouveau seuil dans l'ignorance.

Verbe : accueillir, devenu par la grâce de Dieu et de Sainte Méthode Globale « acceuillir ». Un seul exemple, parlant, ou plutôt criant, recueilli sur un blogue : mes condellehanse aux parents quiter le monde si tot 25­ ans c est si triste ke son ame repose en paix ke Dieu ­ t acceuil. A noter le très joli mot « condellehanse » (condoléances), attesté dans aucun dictionnaire, et c'est bien dommage.

Étymologie : préfixe ad (→ ac), + verbe cueillir. Latin colligere, de cum : avec, et legere : choisir, cueillir.

Achalandé : qui a beaucoup de chalands, c'est-à-dire de clients. Ce commerçant est bien achalandé : il a beaucoup de clients, et non pas beaucoup d'articles en vente, bien que l'un n'aille pas sans l'autre en général. L'Android Market, même s'il est déjà très bien pourvu, est moins bien achalandé que l'App Store. Il faut sans doute comprendre ici : pourvu en matériel, et non : rempli de clients.

Étymologie : de chaland = client.

Acheter : dans l'expression devenue commune "J'achète" pour dire : "Je suis d'accord" ou "C'est d'accord". Bien que je sois de repos jeudi, je te propose de venir travailler ce jour-là pour remplacer la personne qui ne viendra pas à cause de la grève du métro ― J'achète ! On doit, paraît-il, cette expression aux Anglo-Saxons. C'est en tout cas typique de leur mentalité mercantile. Tiens, un autre exemple avant de fermer la boutique : "Il y a une logique. Au niveau technique, Tal, c'était moyen - pas mauvais - et au niveau émotif, ce n'était pas connecté pour moi." Bon bref, il "achète pas" ! (chronique divertissement de Yaourt, 06.10.2013). A noter l'expression « ce n'était pas connecté pour moi » (ça ne m'a pas branché, ça ne m'a pas intéressé ?) Ce vocabulaire, issu de l'informatique, est plus un signe d'appauvrissement que d'enrichissement.

Étymologie : acheter, d'origine incertaine. On suppose que le mot vient du latin adcaptare, formé de ad + caput (tête) : ajouter à son capital, à son cheptel. Une autre étymologie suppose que le verbe acheter est issu d'un latin populaire *accaptare, dérivé du classique captare : chercher à prendre, fréquentatif de capere. Du sens de prendre, obtenir, on est passé progressivement à échanger contre de l'argent.

Acolyte : semble avoir pris le sens de 'partenaire' ou de 'collaborateur' dans les textes écrits par les néo-rédacteurs. Titre d'un article web de Pure-People point com : Pascal Obispo blessé par un acolyte de Cyril Hanouna. On pourrait croire qu'un homme au service de C. Hanouna a blessé P. Obispo d'un coup de couteau ou avec une arme. Autre exemple, tiré d'un article sur un feuilleton (série) télévisé : D'autres surprises pourraient bien ponctuer cette quatrième saison: Courteney Cox aimerait beaucoup convier dans un épisode Matt LeBlanc, son acolyte dans "Friends" (Closer-Mag point fr, 06.01.2013). Acolyte = partenaire ?

appel : acolyte signifie serviteur d'une personne à laquelle il est subordonné et aussi, péjorativement, complice (d'un mauvais coup).

Étymologie : l'acolyte, du grec ancien ακόλουθος (akolouthos) : suivant, serviteur, est, dans l'Église catholique, dans l'Église orthodoxe et dans l'Église anglicane, une personne dont la fonction est d'assister le prêtre et le diacre lors des célébrations liturgiques. Par extension, on appelle acolyte quelqu'un qui est au service de quelqu'un d'autre, ou son compagnon. Dans les exemples cités plus haut, acolyte semble avoir pris le sens de partenaire ou de collaborateur.

Acquisition (américanisme) : une carte d'acquisition tv : composant électronique qui s'insère dans un ordinateur pour capter les programmes de télévision et les numérise. On peut dire plus simplement : une carte TV ou une carte télé. Directement importé de l'anglo-américain. (Acquisition = numérisation).

Étymologie : du latin acquisitio, au sens littéral d'accroissement, d'augmentation ; ou plus tard : acquisition. Le Gaffiot note que cette dernière acception (acquisition) date de la décadence.

Act up (anglicisme, prononcer ækt ʌp ou plus simplement acteupe) : sorte de secte ou d'association de lutte contre le sida, en provenance des Étazunis. La section française a repris le titre initial anglo-américain. On s'imagine sans doute lutter plus efficacement parce que c'est anglais ? Le plus amusant – si l'on ose dire – est que le sens classique du verbe anglais act up est : faire des siennes, faire des caprices. Alors, la lutte contre le sida, un caprice ? Ce n'est pas très sérieux.

Étymologie : act, du français acte : document officiel, latin actus : fait de se mouvoir, mouvement, acte. Up, vieille racine indo-européenne *upo : "dessus depuis le dessous", ayant donné up en anglais, über en allemand, mais sub (sous) en latin.

Actant, actanciel :ces mots ont été trouvés dans un livre de français destiné aux classes de 1ère. L'actant, c'est celui qui est sujet ou objet d'une action ; l'actantiel, c'est ce qui est propre à l'actant. Les autres fonctions sont désignées par circonstants (compléments circonstanciels). En gros, dans le schéma de la phrase selon le linguiste Lucien Tesnières, il y a les acteurs (actants), le procès (le verbe) et le décor (les circonstants). Tout ceci est fort beau, mais ne serait-il pas plus judicieux d'apprendre aux élèves le français, sans fautes d'orthographe ni de syntaxe, avant d'asséner des mots aussi épouvantablement et ridiculement prétentieux ?

Avant, il y avait des sujets, des verbes, des compléments ; il y avait des substantifs (ou noms), des adjectifs, des verbes et des adverbes ; il y avait des propositions principales et des propositions subordonnées. Tout cela était simple et clair, et la plupart des gens parlaient et écrivaient français convenablement.

Maintenant – et c'est là un grand progrès – il y a des actants, des actanciels, des syntagmes, des procès, des prédicats, des valences ... et c'est un bordel noir : rares sont ceux qui savent écrire ou parler correctement.

Étymologie : voir acteur.

Acter : verbe très laid qui signifie prendre en compte, enregistrer, inscrire dans un P.V., prendre acte de, entériner, homologuer... Jean-François Copé a invité pour sa part à « acter la réconciliation entre la France du 'oui' et la France du 'non' ». Autre exemple : Le premier Conseil des ministres s'est tenu aujourd'hui et a duré 45 minutes. La baisse de 30% du salaire des ministres est actée (Le Nouvel-Obs point com, 18.05.2012 ; l'espace manquante entre 30 et % est dans l'original). Encore un exemple : Maxime Bono, a pris la parole pour annoncer «une victoire de la droite, la première depuis 1993 dans cette ville», manière d'acter la défaite de la candidate officielle du PS (Libération point fr, 17.06.2012). Et puis encore : Passons au mariage homosexuel, qui devrait être acté en 2013 (blogue Le Monde).


La scission est actée (entérinée ?)

Vu dans un dictionnaire d'ancien français de loteur : « Acter (1260) : dater convenablement les actes ou les lettres ». Un vieux verbe est revenu, mais avec un changement de sens. De 'dater un acte', il en est venu à signifier 'prendre acte'.

Étymologie : voir acteur.

Acteur : un acteur est un artiste qui met en acte le texte d'un dramaturge, d'un scénariste. Puis ce terme désigne plus spécialement celui qui joue un rôle au cinéma ou à télévision – alors que le comédien désignera plutôt – et de façon arbitraire – l'acteur de théâtre.

Au XIXe siècle, un acteur est celui qui joue un rôle important, qui prend une part active à une affaire. Le mot acteur peut maintenant qualifier maintenant toute entité qui réalise quelque chose ou qui agit : personne, groupe, service, organisme... La société est devenue un immense théâtre où chacun joue un rôle. « All the world's a stage ... » (le monde entier est une scène de théâtre) écrivait déjà Shakespeare. La chaîne de télévision Aujourd'hui-TV a implanté une équipe en Limousin, qui travaille en partenariat avec la Région et ses acteurs pour valoriser les initiatives locales... Ou bien encore cet exemple éloquent : Les acteurs économiques de Rhône-Alpes, unanimes, [...] attendent des actes en faveur de la vallée du Rhône qui nécessite ... une augmentation de sa capacité autoroutière (Rhône-Alpes point CCI point fr). Les acteurs attendent des actes ? Pourquoi n'agissent-ils pas eux-mêmes ? Ou bien enfin : La prostitution, ou travail sexuel, est une relation sociale qui met en présence deux types d'acteurs lors d'un échange marchand [définition trouvée dans le Dictionnaire suisse de politique sociale]. Modernité oblige : on pensait simplement baiser une pute, et voilà qu'on devient un acteur dans un psychodrame social. La Comédie humaine, sans doute.


Deux acteurs sociaux
Avec l'aimable autorisation de René Le Honzec : son site

Et que penser de cette phrase, prononcée par N. Belloubet, « vice-présidente du Conseil Régional en charge de (sic) l'Education, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche » : Il faut mettre l'élève dans une situation où il sera acteur de ses connaissances, dans une pédagogie de projet. L'élève « acteur de ses connaissances », « pédagogie de projet », qui dit mieux ? La même N. Belloubet ajoute, impavide : Il faut cesser de dire, par exemple, qu'il faut absolument lire et écrire à la fin du cours préparatoire. Il faut sans doute des ignares et des cancres pour la gloire de la République.

En tout cas, dans une société où l'individu est de plus en plus rendu passif, le mot acteur est un plaisant paradoxe. Équivalents proposés : agent, exécutant, participant, personne, sujet, rouage, voire responsable dans le meilleur des cas ...

Étymologie : du latin actor : celui qui agit ; il y a eu quelquefois confusion avec le latin auctor au sens d'auteur d'un livre : Un acteur qui a nom Macrobes (1582, F. Bretin). Racine d'acteur : ago, actum, agere verbe latin signifiant mettre en mouvement, faire avancer, pousser, faire, agir, accomplir... (trois pages de sens dans le Gaffiot). Cf. le verbe grec
αγω (agô) : conduire, mener, diriger. Sanscrit : अज् (ajati): mener, pousser, conduire.

Actif : terme abondamment utilisé sur Internet et qui signifie : valable, qui marche, en activité. Lien actif, page active. Cette page n'est pas active. Sur les sites (pages) de terroristes, les liens sont-ils activistes ?

L'adverbe activement (terme journalistique) signifie : avec mollesse, en classant d'avance l'affaire (sauf quand il s'agit du scooter du fils d'un président). « Deux adolescents de 15 et 16 ans soupçonnés d'avoir torturé un handicapé mental ont été déférés devant le parquet. Quatre de leurs complices sont activement recherchés. » Il faut signaler la tournure bizarre : “ Quatre de leurs complices ”. Y avait-il toute une bande de complices contre un handicapé ?

Étymologie : voir acteur.

Activisme, activiste : définition moderne d'activisme : méthode d'action d'un mouvement politique ou syndicaliste préconisant l'action directe – y compris par la violence. Mais le terme a connu une dérive, et peut signifier aussi terrorisme. C'est ainsi que des fous criminels placent des bombes dans des lieux publics pour faire un grand nombre de victimes civiles, ou lancent des roquettes sur des habitations civiles, tuant nombre de femmes et d'enfants, – et nos excellents journalistes appellent cette forme d'héroïsme surhumain activisme, et ces héros d'un nouveau genre activistes, – et non plus terroristes. Des attentats perpétrés dans des trains à Madrid le 11 mars 2004 font 191 morts. A Londres, des kamikazes font 52 morts en juillet 2005. D'autres activistes frappent en Irak, en Turquie, en Egypte, en Algérie, au Maroc, en Mauritanie, en Arabie ou au Yémen (L'Express point fr, 02.05.2011). Tandis qu'au Pakistan : "Les activistes ont attaqué certains postes à l'arme lourde tandis des tirs de mortier visant d'autres postes ont fait des victimes (= morts) à Arandu", a dit un responsable de la sécurité (Yahou!, citant Reuters). Ou bien encore : ... l'attentat à l'aéroport de Bourgas a été mené par des activistes du Hezbollah et commandité par l'Iran, selon Israël (divers media).

Autre sens, à définir : Les liens unissant les deux hommes sont au coeur de l'enquête depuis que des écoutes téléphoniques ont mis en lumière l'activisme de l'ancien locataire de Matignon pour éviter à son ami des déboires judiciaires (). Activisme : activité illégale ? Agissements ? Activité forcenée ?

On revient au sens normal du mot activiste quand il s'agit de désigner une personne qui s'engage, qui s'implique, qui agit, mais avec vigueur, bref un militant très convaincu et – actif. C'est ainsi que les journalistes ont qualifié d'activistes les personnes qui se sont embarquées sur des bateaux vers Gaza pour braver le blocus d'Israël. On ne sait jamais sur quel mot danser avec les journalistes. Voir Terrorisme, terroriste.

Étymologie : néologisme, XXe siècle. Formé d'actif + suffixe -isme. Voir acteur.

Activités (suivre les ~ de X) : c'est nouveau, ça vient de sortir. Désormais les messageries électroniques proposent de suivre les activités de X... sur Fessebouc, Twiteur, etc. Voilà qui est intéressant, surtout si la personne concernée est aux toilettes. Nous sommes bien dans le règne de l'insignifiant.

Étymologie : latin activitas, d'agere : agir.

Actu : diminutif d'actualité. Le groupe vous propose de déposer vos actus afin d'en faire profiter des milliers d'internautes quotidiens (= qui viennent chaque jour ?) Les actus proposent parfois des exclus (exclusivités).

Étymologie : du latin actualis : qui agit, qui met en application. Du verbe ago, agere (voir plus haut : Acteur).

Ad hominem (latinisme) : l'argumentation ad hominem, c'est le fait de retourner à l'adversaire ses propres propos ou arguments. Un exemple, inspiré des élections régionales de 2015. Un homme de droite, qui avait recueilli 25 % des voix, ironise sur la candidate de l'extrême droite, qui avait obtenu un peu plus de 40 % des voix :

– 60 % des électeurs vous ont rejetée !
– Et vous, 75 % des électeurs vous ont rejeté !

Mais la plupart des gens comprennent par ad hominem le fait de discréditer une personne plutôt que de s'attaquer à ses arguments. Expression latine de plus en plus prisée des journaleux, qui n'hésitent pas à la placer un peu partout, en confondant cette expression avec l'expression 'ad personam', ou fait de s'attaquer à la personne plutôt qu'à ses arguments. D'aucuns, d'ailleurs, emploient 'ad personem' au lieu de : 'ad personam'. [...] on voit tout de suite dans quel registre on se place : celui de l'attaque ad personem et non celui du débat d'idées (FNB point to). Exemple avec ad hominem : Après les attaques ad hominem de D. S-K, pour qui le premier secrétaire est l'un des principaux responsables de l'échec...

P.S. Ad hominem n'a rien à voir avec l'éminent Eminem.

Dans beaucoup de blogues et de forums, l'on a souvent affaire à des hurluberlus qui s'attaquent systématiquement aux participants. On appelle trolls de tels imbéciles. Ils insultent, protégés par l'anonymat relatif de leurs pseudos, les participants dont les idées ne leur plaisent pas. C'est l'exercice des insultes ad personam (et non ad hominem) le plus répandu qui soit.

Variante : ad nominem (Dei ?) Loteur a pu relever sur internet ce plaisant barbarisme « ad nominem », commis par quelqu'un qui ne connaît ni le latin – ni le français : Le meilleur moyen de voir que des attaques sont ad nominem, c'est d'abord d'observer que l'on fustige une personnalité alors qu'elle n'a encore rien fait (Agora-Vox, 23.05.2012).

Étymologie : ad, préposition latine indiquant la destination, + hominem, accusatif de homo, -inis : homme. Ad personam, composé de la préposition ad + persona, du latin persona, personæ, mot d'origine étrusque, et qui signifie : masque, acteur. Le mot viendrait du nom de Phersu, personnage masqué et barbu, à la fois menaçant et comique, qui apparaissait dans les spectacles funéraires chez les Étrusques. En latin, persona a désigné le masque de théâtre, puis le rôle, avant de prendre un sens plus général : personnalité, personne, individu. Chez le philosophe et psychanalyste C.G. Jung, la persona est l'archétype du rôle social de l'individu.

Addict(e) (anglicisme et néo-crétinisme, prononcer ædɪkt) : oubliés les 'accros' d'une drogue, oubliées les personnes dépendantes ou prisonnières de, ou assidues à, oubliés les toxicos, les obsédés de, les mordus de, les esclaves de (voir l'étymologie plus bas), les comportements compulsifs ; maintenant on n'a plus que des addicts. Et nos bons vieux obsédés sexuels, ou érotomanes, sont ainsi devenus des sex addicts, les alcolos sont devenus de addicts à l'alcool, les grands amateurs de café sont devenus des café-addicts (sic), comme dans cet exemple : Il est intéressant de constater que la plupart des café-addicts ne peuvent envisager de s'arrêter !!! (Nouara-Love point blogspot point fr). Pourquoi pas caféinomane au lieu de l'horrible café-addict ?

Loteur, infatigable, propose le néologisme « addictionnaire » (addict au dictionnaire) : se dit d'un individu qui habite dans son dictionnaire : cruciverbiste enragé, candidat à des jeux télévisés de connaissances, etc.

Substantif : addiction (ədɪkʃən). Delarue : son addiction l'a-t-elle tué ? (sa toxicomanie l'a-t-elle tué ? la drogue l'a-t-elle tué ?) Cory Monteith s'était fait interné en rehab début avril sur sa demande pour soigner ses addictions (Voici point fr). Que veut dire « rehab » ? (). L'obsession sexuelle, ou érotomanie, est devenue l'addiction au sexe ou l'addiction sexuelle, exemple : Les érotomanes sont addictes au sexe (noter la graphie francisée addictes, avec un -e final, mais on ne sait pas s'il s'agit d'hommes ou de femmes). On ne parle donc plus de dépendance, d'accoutumance, mais d'addiction : Ces addictions (tabac, alcool, cannabis) sont des causes majeures de cancer. L'on parle aussi d'internet addiction – et non pas d'addiction ou de dépendance à internet – ou de cyber-dépendance. Constat : La dépendance numérique aurait les mêmes effets qu'une addiction à la cigarette ou l'alcool. Tiens, en une seule phrase, on parle de ça deux fois : Une nouvelle étude néo-zélandaise prétend qu'il serait possible de déceler les futurs comportements addictifs comme la dépendance à l'argent ou l'addiction à la drogue dès l'école maternelle (Top-Santé point com). Encore un exemple, pour montrer que l'objet de la dépendance se déplace du physique (drogue, tabac, alcool...) vers les techniques modernes : Mais curieusement cette addiction technologique ne fait actuellement l'objet d'aucun ajout dans le célèbre DSM américain (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) dont la première édition publiée en 1952 relevait déjà 60 pathologies psychiques et dont la prochaine en recensera probablement plus de 500... (Agora-Vox). Addiction au lieu de dépendance ou passion, technologique au lieu de technique, pathologies au lieu de maladies, les ingrédients du détournement du sens des mots et les composants de la néo-langue sont là. Remarquer également la construction, ambiguë ou fautive : « addiction technologique » au lieu d'addiction à (passion pour) la technologie (les techniques modernes). Voir Adjectifs.

() un petit tour sur Wikipédia apprend à loteur, ce grand ignare, que « rehab » est l'abréviation en anglais du mot rehabilitation, – qui ne veut pas dire réhabilitation. L'abréviation fait référence à drug rehabilitation, expression anglaise pour un centre de désintoxication. Rehab = désintox, si on tient absolument à écrire en abrégé.

Là où avant il y avait quatre ou cinq mots pour décrire un état de dépendance, il n'y en a plus qu'un. Économie de mots, indigence de pensée. Il ne semble pas que ce soit anodin : on essaye de mettre sous une mettre étiquette des faits relevant de névroses différentes : névrose d'angoisse, compulsion de répétition, névrose obsessionnelle, régression orale, tout autant de mécanismes (ratés) de défense du moi.

Avec l'adjectif addictif : accoutumant, qui rend dépendant : substance addictive : substance accoutumante. Exemple : Pourquoi il te faut jouer à ce jeu MMO de stratégie gratuit et addictif ? Le MMORPG le plus excitant auquel tu as jamais joué ! (réclame pour un jeu vidéo lue sur Yahoo, 10.12.2015). MMORPG est un sigle qui signifie dans le patois distingué des joueurs : Massively Multiplayer Online Role Playing Games (jeux de rôle multi-joueur de masse en ligne, ou quelque chose comme ça). Que de telles âneries puissent rendre addictifs des milliers et des milliers de jeunes joueurs, voilà qui est navrant. Autre emploi de l'adjectif addictif, trouvé sur un forum : Des millénaires sans portable et pas d'hécatombes infantiles pour autant. le tel portable est un outil,de fait pratique et on ne doit pas tomber addictif d'un outil (Agora-Vox point fr, 30.06.2012). On ne doit pas tomber addictif d'un outil : on ne doit pas dépendre d'un outil. Un petit exemple d'emploi abusif de ces néo-termes ICI. A encore donné l'adjectif addictogène : produits addictogènes : qui rendent dépendant. Ce n'est pas le sevrage qui est si difficile si il [sic] est pris en charge, c'est plutôt de rester abstinent et donc ne pas rechuter dans un environnement qui lui est très addictogène (Atlantico point fr, 02.11.2015). Noter : « si il », et le manque de virgules : « environnement qui lui est très addictogène ».

Les hôpitaux ont maintenant un service d'addictologie. Normalement l'addictologie serait l'étude scientifique de la dépendance, et non le traitement de la dépendance. Cette dépendance peut concerner les drogues, les médicaments, mais aussi les jeux et toutes sortes de choses comme la conduite automobile, etc. Cette compulsion de répétition a ses racines dans des problèmes privés. Les hôpitaux, aux dernières nouvelles, n'ont pas encore de service de néo-crétinologie.

L'ancien mot 'passion', l'ancien adjectif 'passionné', les anciens mots 'dépendant', 'dépendance', 'esclave de' se sont transformés en un charabia angloïde : addict, addiction, addictogène... Ces mots sont des importations frauduleuses de l'anglo-américain. Avant, on disait assuétude pour addiction.

Loteur a même rencontré le participe passé du pseudo-verbe addicter sous la forme addicté : Être addicté ce n'est pas tant faire quelque chose de particulier, que faire quelque chose d'une façon particulière (en gras dans le texte original). Et puis, cet autre exemple : Durant l'affaire Monica Lewinsky vous avez sans doute entendu dire par les américains, du Président Clinton qu'il est un sex addict (un addicté sexuel). Obsédé sexuel, peut-être ?

Étymologie :  historiquement, dans la Rome antique, l'addictus était un homme réduit en esclavage, car il ne pouvait pas régler ses dettes. Il devenait l'addictus, l'esclave, de son créancier. Du verbe addico, addixi, addictum, addicere : approuver, juger, adjuger, condamner. L'addiction, au sens où on l'entend maintenant, est une véritable (auto-)condamnation à l'esclavage. D'ailleurs, on dit bien être esclave : du jeu, du tabac, de la drogue... [↑↑]

Assuétude, du latin adsuetudo, -dinis : habitude. Du verbe suesco, suetum, suescere : s'habituer. Cf. le surnom de Bossuet : « Bos suetus aræ » : le bœuf habitué à la charrue, en raison de sa puissance de travail.

Additionnel : supplémentaire, intercalaire, qui s'ajoute. Quand les informaticiens parlent de fonctionnalités additionnelles, ils veulent parler de fonctions supplémentaires, ou qui s'ajoutent. Et quand des constructeurs de pièces automobiles proposent des boîtiers additionnels, il s'agit de boîtiers intercalaires entre le système d'injection et le calculateur pour augmenter (booster) les performances du moteur.

Étymologie : XVIe siècle : qui s'ajoute (à une loi ou article de loi). XVIIIe siècle : qui s'ajoute (couches additionnelles de nouveaux bois [Buffon]. L'anglais 'additionnal' n'est qu'un emprunt au français, car attesté uniquement au XIXe siècle. Latin additio : action d'ajouter, verbe : addo, addere. Racine : ad, à, et dare, donner.

Adéquation (être en ~ avec) : accord, adaptation. Être en adéquation avec : être en accord avec, s'adapter à. Immense progrès : plus le mot est long, plus il traduit une pensée courte. Expression qui va de pair avec s'impliquer.

Étymologie : venant de adéquat : qui rend compte de son objet de manière exhaustive, ou : qui est exactement approprié. L'adéquation, c'est la qualité de ce qui est exactement adapté, approprié au but visé. Latin : adæquatio, au sens de : justesse (d'une comparaison). Venant de : adæquatus, de adæquare, de ad : à, et æquare : égaler.

Adieu (dites ~ à ...) : procédé très utilisé par les publicitaires pour vanter un produit efficace pour se débarasser : de la poussière, des anciennes bouteilles de gaz, de vieux trucs gênants ou sans valeur etc. Parfois, suprême élégance, adieu est remplacé par 'bye-bye' : Dites bye-bye aux bactéries. Les publicitaires font preuve d'une imagination et d'une créativité sans limites.

Étymologie : dire adieu : formule pour prendre congé. Formé de à et de Dieu, par expression brachylogique de la formule plus explicite : je vous recommande à Dieu. Il est étonnant qu'en notre ère de mécréance généralisée, on utilise encore une telle expression.

Adjectifs : se mettent à toutes les sauces, – comme par exemple dans l'expression bouillon culinaire au lieu de 'pour la cuisine' –, et surtout là où il ne faut pas. Les compléments de nom semblent ne plus exister dans la bouche et l'esprit de nos contemporains, ils sont maintenant remplacés par des adjectifs. L'adjectivation à outrance est un des principes fondamentaux de la néo-langue, empruntée aux Anglo-Américains.

 Deux hauts responsables sécuritaires [de la sécurité] israéliens ont été envoyés en Inde pour participer à l'enquête sur les attentats de Mumbai (ex-Bombay)
 Les intempéries neigeuses [de neige] ont gagné la vallée du Rhône
 Viande bovine [de bœuf]. Cette dénomination tend à se généraliser dans les magasins.
 le ballon est argentin [aux Argentins]
 la capitale argentine [de l'Argentine]
 l'épée française [des Français] a été la meilleure
 une autre politique énergétique [de l'énergie]
 satellite terrestre [de la Terre]
 ingénieurs pétrochimiques [en pétrochimie]
 200 millions de réfugiés climatiques [à cause du climat]
 volailles festives [pour les fêtes]
 surveillants pénitentiaires [de prison]
 sécurité aéroportuaire [de l'aéroport, des aéroports]
 "Ca va finir par faire du foin, ça pourrait donner des idées", s'inquiète auprès de l'AFP une source aéroportuaire.
 carte électorale [d'électeur]
 la feuille de route du gouvernement relative à sa politique proche-orientale [du Proche-Orient, concernant le Proche-Orient]
 magasin alimentaire [d'alimentation]
 reconquérir le vote enseignant [des enseignants]
 par séchage solaire [au soleil]
 en révélant l'avenir génocidaire [le(s) génocide(s) futur(s)] qui attend(en) le peuple palestinien
 escapade maltaise [à Malte]
 sans sucres ajoutés [sans ajout de sucres ; néo-crétinisme particulièrement débile]
 volonté environnementale [pour l'environnement, qui concerne l'environnement]
 respect des normes environnementales [idem].
 Assise au premier rang, l'ancienne candidate présidentielle [à l'élection présidentielle] a quitté la salle sans un mot.
 traite négrière [traite des Nègres]
 tragédie routière [de la route]
 Le PSG au plus mal après sa défaite bordelaise [à Bordeaux]
 Les 5 personnalités connus (sic) pour leur engagement en faveur de la cause animale [en faveur des animaux]
 l'avenir institutionnel [des institutions] de l'Union européenne
 un handicapé tibial [du tibia ; construction un peu boîteuse]
 santé reproductive. Loteur pensait que cela voulait dire : santé de la femme liée aux grossesses, aux enfantements ; il semble que ce soit un euphémisme pour désigner une politique pour diffuser l'avortement dans des pays en voie de développement. C'est un des principes de la néo-langue que de dire le contraire de ce qu'on veut exprimer.
 Kiev et Moscou s'entendent pour mettre fin à leur conflit gazier [à propos du gaz, pour le gaz]
 Le baril de pétrole poursuit sa spirale haussière (!) [sa tendance à la hausse]
 des tarifs préférentiels que le Vénézuela a accordé (sic) à Cuba en matière pétrolière [de pétrole]
 Air France élargit son offre avec 6 destinations australiennes [vers l'Australie]
 Nigeria: la fillette d'un employé pétrolier [du pétrole, d'une firme pétrolière] enlevé (sic) par des hommes armés
 Sur le front de la crise étudiante [des étudiants]
 Commission Pochard : repenser les carrières enseignantes [de l'enseignement, des enseignants]
 L'obligation vaccinale [de vaccin, de vacciner] est-elle encore justifiée ?
 L'article 4 de la loi du 23 février 2005, qui enjoint aux manuels d'enseigner « le caractère positif de la présence française outre-mer », fait craindre le pire à la communauté historienne [des historiens].
 Cependant on dit bien la communauté scientifique (la communauté des savants). Peut-être est-ce un calque ?
 Autre exemple : Si le rival historique Pepsico n'a pas encore réagi, la communauté financière spécule sur une annonce dans les prochains jours, les deux groupes s'étant toujours marqués à la culotte (A.F.P., 10.02.2014). Communauté financière : monde de la finance. Noter l'expression marqués à la culotte, issue du vocabulaire du sport.
 Ou bien cet autre exemple : Le grand amphithéâtre de la Sorbonne, qui accueillait pour la circonstance la communauté éducative, se prêtait aux références historiques (Le Figaro point fr, 05.07.2012). La communauté éducative = les représentants du corps enseignant et de tout ce qui gravite autour de l'enseignement () ? On peut aussi trouver : le monde éducatif, c'est-à-dire : élèves, enseignants, parents, personnel administratif, collectivités locales, etc.

() En fait, voici ce que le journaliste entend par la communauté éducative : « Face à lui, quelque 200 personnes rassemblées. La concertation réunit fédérations de parents d'élèves, organisations lycéennes et étudiantes, syndicats, associations, élus et personnalités qualifiées parmi lesquelles le sociologue François Dubet, l'enseignant et essayiste Jean-Paul Brighelli, le chronobiologiste Yvan Touitou, le spécialiste de la pédagogie Philippe Meirieu, Laurent Bigorgne, ancien directeur des études de Sciences Po ou encore Louis Schweitzer. » Louis Schweitzer a été P.D.G. de Renault et Président de la Halde ; il appartient de fait à la communauté éducative. Ne manquent plus que les femmes de ménage et les concierges.

 Avant de rencontrer des associatifs [membres ou responsables d'associations], M. Hollande fustige devant la presse Nicolas Sarkozy.
 Vers une construction autoritaire européenne [de l'Union européenne]. Si le rédacteur avait spécialement tenu aux deux adjectifs, il aurait pu écrire « Vers une construction européenne autoritaire » : on insiste ici sur l'Union européenne ; si on écrit « Vers une construction autoritaire européenne », on insiste davantage sur autoritaire, et cela pourrait se comprendre : vers une construction autoritaire à l'européenne, de façon européenne. La place de l'adjectif par rapport au verbe n'est pas indifférente. Le défaut de construction des phrases est en général un défaut de logique.
 protection infantile [de l'enfance]

etc. etc. etc. Ce genre de construction est vraiment agaçant. Il n'y a qu'à écouter les gens de la télévision ou lire des textes rédigés par des responsables de l'administration (française).


Il en est de même pour les adjectifs verbaux, comme dans cet exemple : Le script ci-dessous est écoutable sur France-Culture. Il serait plus simple de dire : "on peut écouter le script ci-dessous sur France-Culture" (script ici veut tout simplement dire "texte").

Nombre de personnes chargées (et non pas en charge) de rédiger les notices publicitaires ou administratives s'engouffrent avec fureur et délectation dans cette façon de s'exprimer, imitée des Anglo-Américains. Les gens mal-parlants (comme les présentateurs de journaux télévisés, les gens de presse, les hommes politiques, les publicitaires, les fonctionnaires) confondent donc allègrement le génitif objectif (ou complément de nom) et le génitif subjectif (correspondant à l'adjectif) : Les Nord-Coréens ont procédé à un essai nucléaire (au lieu de : la Corée du Nord, les Coréens du Nord ou les autorités de la Corée du Nord). L'adjectif qualifie le nom ; il ne correspond pas à un complément de nom. D'autre part, ce genre de construction peut induire en erreur : l'épée française n'a pas du tout le même sens que l'épée des Français, par exemple (voir plus haut).

Avec l'adjectif, le nom disparaît et avec lui les prépositions. En effet, à l'imitation du style journalistique et commercial anglo-américain, les Français abandonnent de plus en plus l'emploi des prépositions dans un souci proclamé de concision. De plus l'adjectif ajoute un élément subjectif, donc pas forcément rationnel. Et cela contribue à faire du français, pourtant langue analytique, une langue synthétique, – et donc anglo-américanisée. Nous ne pouvons résister à l'envie de citer Georges Clemenceau : « Les journalistes ne doivent pas oublier qu'une phrase se compose d'un sujet, d'un verbe et d'un complément. Ceux qui voudront user d'un adjectif passeront me voir dans mon bureau. Ceux qui emploieront un adverbe seront foutus à la porte. »

Il est un autre emploi aberrant de l'adjectif, dans un sens adverbial : Cette Huile d'Olive Vierge Extra est indispensable pour cuisiner léger et équilibré (notez les majuscules qui ne se justifient pas). Votez utile ! proclamaient tous les candidats ou presque. Ou alors, lu sur une réclame (pub) : Déplacez-vous élégant (De façon élégante ? Bien habillé ? De façon chic ?) Ou encore : Portables : vivons mobile ! ... Accédez gratuitement au HS [hors-série] "Consommer vert", ou bien cette réclame d'eau minérale Vivons jeune ! Ou bien encore ces conseils avisés : Surfez malin, ou : Achetez malin, faites les soldes avec PayPal. Et le fameux slogan de la secte Ékollo : « Penser global, agir local ». Entendu sur BFM-Télé : On en sait un peu plus sur ce petit délinquant qui a viré extrémiste (on admirera au passage l'élégance de cette phrase). Phrase lue sur un article web : Il y a des ingrédients incontournables (indispensables) qu'il faut toujours avoir sous la main pour cuisiner vite et facile. Et, évidemment, ces néo-adjectifs sont invariables, à la manière des adverbes.

Et on ne compte plus les constructions du type : au final [finalement], au quotidien [de chaque jour], à l'international [sur le plan international] ... Autre emploi, fréquent, correspondant à la confusion entre adjectif et adverbe : «Etant abonnée Free ADSL, je pensais être servie en première, mais aujourd'hui, je me retrouve sans téléphone» (en première au lieu d'en premier).

Néo-adjectifs. Des substantifs peuvent être utilisés en fonction d'adjectifs, et dans ce cas-là ils peuvent être invariables ou s'accorder : Répondant au désir d'images choc et d'informations suscité par l'ouragan Sandy, certains farceurs en ont profité pour diffuser des informations erronnées [...] Le site de micro-blogging Twitter s'est révélé être une formidable plateforme de photos montées et d'informations aussi alarmantes que bidons. Autre exemple : Nicolas Sarkozy a cédé la place à un François Hollande qui s'est rapidement converti aux visites internationales éclair. Le substantif culte s'est mué en néo-adjectif : un film culte. De telle sorte qu'on trouve le superlatif en ~issime : le cultissime 1984 de George Orwell. Encore un exemple : ... il y revient pour la qualité des soins thalassos. Dans ce dernier exemple, le néo-rédacteur prend allègrement le mot 'thalasso(-thérapie)' pour un adjectif et il l'accorde donc au pluriel. L'emploi de la périphrase : la qualité des soins de thalasso(-thérapie) aurait été plus juste.

Autre phrase : Globalement, un virus de smartphone implique potentiellement les mêmes dangers qu'en informatique : [...] ou encore altération de fichiers système pour rendre le mobile inutilisable. Là, le substantif système est utilisé en fonction adjectivale, mais ne s'accorde pas. La règle est très simple : il n'y a plus de règles. D'autres exemples : offres partenaires (de nos partenaires), instrument scripteur (pour écrire) ... Dans un même paragraphe, un néo-adjectif peut donc s'accorder dans une phrase, mais pas dans une autre : Le top 5 des aliments « miracles » (titre), mais : Nous sommes tous tentés, moi le premier, par les solutions miracle (chapô). Et dans le même article : Il est donc temps de faire le tri et de ne garder que les vrais aliments «santé» (Pourelles point com avec Fitnext point com ; remarquer le traitement différent pour les guillemets : une fois séparés, une fois accolés. Y'a plus de règle !).

Inversement, des adjectifs peuvent être utilisés dans un sens substantival : le Mondial 2010 de football (le Championnat du monde 2010 de football), les mondiaux de judo (les championnats du monde de jûdô). Le déroulé des opérations ou bien : DSK : Déroulé de l'enquête etc. Déroulé est utilisé au lieu de déroulement. Autre adjectif pris substantivement : fondamentaux (les fondamentaux de ceci, les fondamentaux de cela). L'emploi de fondamentaux dans un sens substantival est une importation frauduleuse de l'anglo-américain (fundamentals : principes, fondements, bases ; les néo-rédacteurs ont la flemme de traduire, ou alors ils n'ont pas de dictionnaires). Des adjectifs, bien sûr, peuvent être utilisés au lieu de substantifs (le Beau, le Bien etc.) ; mais ici le néo-crétinisme porte sur le fait qu'il existe déjà en français un ou des substantifs ayant le même sens.

Lu sur un article du web (Acrimed) : Les faits spectaculaires et proches vont progressivement supplanter d'autres thèmes, comme en témoignent la diminution des sujets « étranger » et la montée des faits divers. Le mot « étranger » n'est pas pris en fonction adjectivale ici, et signifie : de l'étranger, concernant l'étranger ou la politique étrangère. Le raccourci, surprenant pour l'œil, explique l'absence d'accord avec un mot qui aurait pu être pris pour un adjectif.

Étymologie : adjectif = qui s'adjoint (à un substantif). Du latin de basse époque : adjectivum. Du verbe adjicere, ajouter, formé de 'ad' : à, et 'jacere' : jeter.

Adjectif (place de l'~) : l'adjectif est placé de plus en plus souvent avant le substantif, à la manière anglo-américaine, et dans un sens qui n'est pas subjectif ou sans viser à un effet stylistique spécial : un petit garçon atteint de la rare et potentiellement mortelle maladie de Fanconi (= atteint de la maladie de Fanconi, maladie rare et potentiellement mortelle). Ou encore : « Un encore meilleur week-end » (pub pour Canal pour “ un week-end bien meilleur ”). Ou bien encore : La désormais appelée «révolution Cantona» est sortie des frontières de l'hexagone (beurk ! Équivalent proposé = ce qu'on appelle désormais la « révolution Cantonna » ...) Cette manie devient systématique avec les adjectifs probable ou possible. Par exemple : « M. Obama s'en est pris à son possible futur adversaire John McCain ». Autre exemple : En août dernier, Jobs avait cédé sa place à Tim Cook à la tête de l'entreprise alors la mieux capitalisée du monde boursier (de l'entreprise qui était alors la mieux capitalisée du monde boursier). Dans cette phrase, la place de l'adjectif est correcte, mais l'omission du verbe en fait une phrase bancale.

Un exemple ambigu recueilli sur Actualités-Yaourt! : Palle-Jooseppi, un mâle ours brun du zoo de Ranua en Finlande, se réveille après sa période d'hibernation, le 23 février 2012. La photo montre la tête d'un ours couverte de neige, et qui n'a pas l'air spécialement 'mâle'. Le rédacteur a simplement voulu parler d'un ours de sexe mâle. Ne pas oublier qu'en français un adjectif mis avant le nom n'a pas du tout la même signification que s'il est placé après celui-ci. Exemple classique : un grand homme ≠ un homme grand. L'antéposition change souvent le sens de l'adjectif. C'est en ignorant cette règle simple que le rédacteur de l'article introduit stupidement une ambiguïté.

Voir aussi Inversion, ou cet article pour la place de l'adjectif.

Administration (américanisme) : tous les journalistes maîtrisant la néo-langue disent, à propos des Étazunis : l'administration Bush, l'administration Reagan, l'administration Clinton. Il faut en fait comprendre ‘présidence’, ‘exécutif’ ou ‘gouvernement’, alors qu'en français, l'administration, c'est ensemble des services publics d'un état. L'administration Bush mobilise toutes ses troupes et toute son énergie. Ou bien : L'ancien Président des Etats-Unis Jimmy Carter a affirmé que sous l'administration Bush, il avait vu pour la première fois de sa vie les Etats-Unis abandonner les principes fondamentaux des droits de l'homme. Et, évidemment, il n'y a pas de préposition entre administration et le nom du chef de l'exécutif. Loteur a lu cette affirmation sur un site : En Allemagne, le chancelier (la chancelière Angela Merkel 2009) est le chef de l'administration (FR-Answers point com). De l'administration, et non du gouvernement. Le chancelier serait-il donc un super-fonctionnaire, un super-bureaucrate ?

Exemples rarissimes où des auteurs emploient gouvernement au lieu d'administration : « Tout simplement parce que malgré tous ses défauts, le gouvernement Bush a l'immense avantage de n'avoir jamais exercé de pressions sur le gouvernement israélien » (Pascal Boniface). Deuxième exemple : « On sait toutes les graves atteintes aux droits de l’homme qui ont été commises par les forces armées américaines en Irak et en Afghanistan, et on sait aussi comment le Gouvernement de Barak Obama a augmenté l’utilisation d’avions sans pilotes (drones) pour assassiner des innocents par télécommande » (Eva Golinger, Mondialisation point ca). Voir Département.

Étymologie : du latin administratio : fait de prêter assistance, de porter secours ; puis administration, exécution. Formé du préfixe ad-, à et de ministrare, venant de minister, qui vient lui-même de minus, minoris (plus petit). Le minister était l'inférieur par rapport au magister (maître, littéralement : plus grand). L'« administratio », c'était le fait de s'occuper des « minister » – des minus, donc.







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